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La légende de Cadieux

dimanche 23 novembre 2014, par Monique

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Dans le cadre de la journée du ’’ Voyage dans le passé’’ présenté le 2 août au Musée du Pontiac, Venetia Crawford des Archives de Shawville a préparé une pièce de théâtre avec des bénévoles sur la légende de Cadieux. Le tipi décoré de l’ARAS a servi de décor.

 La légende Cadieux.

Jean Cadieux était un coureur de bois, marié à une indienne Algonquine et chasseur et trappeur. Il traitait avec les Indiens et échangeait des fourrures contre les provisions et les produits manufacturés qui lui permettaient de passer l’hiver encabané au fin fond des bois. Par un beau jour de mai 1709, il descendait avec quelques Indiens de l’île Morisson à Montréal pour aller vendre des fourrures. Lors d’une halte aux portages des sept chutes à l’Île-du-Grand-Calumet, l’un de ses compagnons, un jeune Algonquin parti en reconnaissance, repéra un groupe de guerriers iroquois venu tendre des embuscades aux voyageurs pour s’emparer des précieuses fourrures. Pour s’échapper, il fallait franchir des sauts infranchissables et cela, sous une nuée de flèches ! Afin d’augmenter les chances de survie de ses compagnons et de sa famille, Cadieux décida avec un jeune guerrier algonquin de faire diversion et d’attirer les Iroquois loin des rapides pour leur permettre de les franchir en toute quiétude. Tous se cachèrent au fond de leur canot en amont des rapides, prêts à partir au signal convenu, soit un coup de fusil.

Une heure plus tard, Cadieux et son compagnon prirent les Iroquois à revers et les attirèrent loin des rapides. Un échange de coups de feu s’ensuivit : c’était le signal qu’attendait les compagnons de Cadieux pour s’élancer dans les terribles rapides, sous l’oeil médusé de quelques Iroquois qui n’en revenaient pas et qui étaient plus préoccupés à se protéger des assaillants que de tirer sur les fuyards. Avec une dextérité hors du commun, les canotiers algonquins conduisirent les frêles esquifs d’écorces au milieu des flots rugissants, évitant tout contact avec les rochers qui auraient pu déchirer les fragiles écorces de bouleaux, ce qui les auraient conduit à une mort certaine. Deux jours durant, ils naviguèrent à un rythme d’enfer et atteignirent le lac des Deux Montagnes où ils trouvèrent refuge au Fort.

Ne le voyant pas revenir, trois de ses compagnons, après avoir mis familles et fourrures en sécurité, partirent à la recherche de Cadieux. Les Iroquois avaient quitté l’île et les Algonquins trouvèrent un petit abri de branche vide près du portage des sept chutes. Les guerriers algonquins partirent à la recherche de leurs compagnons, lisant les traces laissées par les agresseurs et assaillants comme dans un grand livre. Le jeune algonquin avait été tué et, trois jours durant, les Iroquois avaient battu l’île à la recherche de Cadieux qui continuait à guerroyer, aussi insaisissable qu’une ombre !

Après deux jours de recherches infructueuses, ayant perdu tout espoir de retrouver Cadieux, ils découvrirent une croix de bois plantée en terre près de l’abri qu’ils avaient remarqué à leur arrivée. Et là, à demi enterré, gisait le corps de Jean. Il tenait entre ses mains une longue écorce de bouleau sur laquelle, avant de mourir, il avait transcrit sous forme d’une complainte, son épopée.

Il avait réussi à échapper aux Iroquois, mais épuisé, affaibli par trois jours de guérilla et de privations, il avait vu revenir ses compagnons, mais sans trouver la force de les héler. Il s’était préparé à la mort, creusant sa tombe et y plantant une croix après avoir composé sa complainte. Il s’était ensuite enseveli avec ses dernières forces, attendant la mort en un lieu dit le Petit Rocher de la Haute Montagne.

Cent cinquante ans plus tard, Jean-Charles Taché relate que la légende de Cadieux était tellement vivace que les coureurs de bois qui passaient sur l’Outaouais s’arrêtaient sur la tombe pour prier, entretenir la croix et en prendre un copeau pour leur porter chance. Certains accrochaient à un arbre proche une copie de la complainte écrite sur une écorce de bouleau. Taché transcrivit la complainte qui comportait onze couplets et retrouva un prêtre, le père Cadieux, qui lui confia que Jean Cadieux était le grand-père de son grand-père.

 La complainte de Cadieux

Écrite sur une écorce de bouleau par Jean Cadieux mourant en 1709

« Petit rocher de la Haute-Montagne,
Je viens ici finir cette campagne !
Ah ! Doux échos, entendez mes soupirs,
En languissant, je vais bientôt mourir !

Petits oiseaux, vos douces harmonies,
Quand vous chantez, me rattachent à la vie :
Ah ! Si j’avais des ailes commes vous,
Je s’rais heureux avant qu’il fut deux jours !

Seul dans ces bois, que j’ai eu de soucis,
Pensant toujours à mes si chers amis ;
Je demandais : hélas ! Sont-ils noyés ?
Les Iroquois les auraient-ils tués ?

Un de ces jours que m’étant éloigné,
En revenant je vis une fumée ;
Je me suis dit : Ah ! Grand Dieu ! Qu’est ceci ?
Les Iroquois m’ont-ils pris mon logis ?

Je me suis mis un peu à l’ambassade,
Afin de voir si c’était embuscade ;
Alors je vis trois visages français.
M’ont mis le coeur d’une trop grande joie !

Mes genoux plient, ma faible voix s’arrête,
Je tombe... hélas ! À partir ils s’apprêtent :
Je reste seul... pas un qui me console,
Quand la mort vient par un si grand désole !

Un loup hurlant vient près de ma cabane,
Voir si mon feu n’avait plus de boucane !
Je lui ai dit : Retire-toi d’ici ;
Car ma foi, je perdrai ton habit !

Un noir corbeau volant à l’aventure,
Vient se percher tout près de ma toiture ;
Je lui ai dit : Mangeur de chair humaine,
Va-t-en chercher autre viande que mienne.

Va-t-en là-bas dans ces bois et marais,
Tu trouveras plusieurs corps iroquois ;
Tu trouveras des chairs aussi des os ;
Va-t-en plus loin, laisse-moi en repos !

Rossignolet, va dire à ma maîtresse,
À mes enfants, qu’un adieu je leur laisse,
Que j’ai gardé mon amour et ma foi,
Et désormais faut renoncer à moi !

C’est donc ici que le monde m’abandonne,
Mai j’ai recours en vous Sauveur des hommes !
Très-sainte Vierge, ah ! M’abandonnez pas,
Permettez-moi de mourir entre vos bras ! »

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